(BFM Bourse) - Magnum Ice Cream, coté aux Pays-Bas, a violemment chuté ce jeudi après avoir publié des ventes à rebours des attentes. De quoi alimenter les craintes de disruption causées par l'essor des médicaments anti-obésité.
Depuis le début de 2026, de nombreux groupes (Capgemini ou Publicis notamment) sont malmenés par les craintes de bouleversements de leur modèle économique par l'intelligence artificielle (IA). Les éditeurs de logiciels et les agences publicitaires ont particulièrement souffert, ces dernières semaines.
Un phénomène de marché similaire s'observe dans l'agroalimentaire. Dans ce cas précis l'intelligence artificielle n'y est pour rien. L'agent perturbateur est, cette fois, l'essor des médicaments anti-obésité de Novo Nordisk et Eli Lilly.
Depuis maintenant bientôt trois ans, les investisseurs phosphorent sur les présumées victimes et les bénéficiaires en Bourse de ces traitements.
Par exemple, Jefferies estimait dès 2023 que les compagnies aériennes seraient soutenues par cette tendance tout simplement parce que des voyageurs avec un poids plus faibles sont synonymes de moindre consommation de carburant et donc d'économies.
Côté perdants, les sociétés de "junk food" étaient pointées du doigt par la banque, notamment Mondelez, Hershey, ou Nestlé. Bank of America évoquait de son côté les producteurs de boissons sucrées, comme Pepsico ou Coca-Cola.
Une croissance qui glace le marché
Détenteurs des marques de glaces Carte d'Or, Cornetto, Ben&Jerry's ou encore Magnum, The Magnum Ice Cream company (TMICC), tombe évidemment dans la seconde catégorie.
Cette entreprise est devenue indépendante du géant anglo-néerlandais de l'hygiène et des produits de grande consommation Unilever en décembre dernier. La société s'était alors introduite à la Bourse d'Amsterdam (ainsi qu'à New York et à Londres), opération qui valorisait le groupe à 7,8 milliards d'euros. Unilever a conservé une participation de moins de 20% dans ce spécialiste des crèmes glacées.
En décembre, UBS soulignait, justement, parmi les risques pesant sur le groupe et les crèmes glacées, l'adoption croissante des médicaments anti-obésité, en particulier aux États-Unis.
Ces médicaments "restent un obstacle permanent pour les glaces et autres catégories de snacks, en particulier aux États-Unis, où TMICC a souligné que leur pénétration devrait atteindre 8% à 11% de la population d'ici 2030", écrivait UBS.
Les résultats publiés jeudi par le spécialiste des glaces ont de quoi donner du grain à moudre aux investisseurs les plus pessimistes.
L'action a dévissé de 16% à la Bourse d'Amsterdam ce jeudi après avoir livré des résultats loin des attentes du marché.
Volumes en berne
Au quatrième trimestre, les ventes de l'entreprise ont atteint 1,1 milliard d'euros, affichant une baisse de 0,7% en données comparables, alors que le consensus (la prévision moyenne des analystes) retenait une croissance de 3,7%.
La société a pâti de volumes en berne, avec un repli de 3%. La société a notamment expliqué avoir connu un trimestre difficile en Amérique du Nord.
Sur l'ensemble de 2025, l'entreprise a généré des revenus de 7,9 milliards d'euros en croissance de 4,2% en données comparables.
Le résultat brut d'exploitation (Ebitda) s'est établi à 1,26 milliard d'euros, soit 5% de moins que le consensus. La marge correspondante s'est inscrite à 15,9%, nettement moins que les 16,5% attendus par les analystes.
Pour 2026, The Magnum Ice Cream company a indiqué tabler sur une croissance de ses ventes de 3% à 5% et sur une hausse de sa marge d'Ebitda de 0,4 à 0,6 point de pourcentage.
In fine, les principaux indicateurs "ne sont pas très encourageants", a déclaré David Hayes, analyste chez Jefferies, cité par Bloomberg et le Financial Times. Ce dernier remet sur la table la menace des médicaments anti-obésité.
"Les volumes sont ici essentiels, avec le risque que les préoccupations structurelles liées au GLP-1 (l'hormone de satiété qu'"imitent" les médicaments anti-obésité, NDLR) deviennent un thème récurrent", ajoute l'analyste.
David Hayes redoute que les résultats inférieurs aux attentes de l'entreprises ce jeudi "n'aide guère l'anxiété" du marché sur ce point.
Le Financial Times rapporte que le directeur général du groupe, Peter ter Kulve, a minimisé le risque, soulignant les options à faible teneur en calories et riches en protéines dans le portefeuille de la société, ainsi que les versions à portions contrôlées de certaines marques, telles que Magnum Bonbons.
